RER B : Pourquoi bloquer une porte provoque-t-il des retards en chaîne sur toute la ligne ?

Il y a quelques jours, un client nous a posé cette question : « Que se passe-t-il exactement lorsqu’un voyageur retient ou bloque une porte au départ d’un terminus du RER B ? ». On vous dit tout.

On ne le rappellera jamais assez : retenir ou forcer une porte est extrêmement dangereux voir mortel. Pour découvrir tous les réflexes de prévention à adopter en gare et sur les quais, vous pouvez consulter la rubrique dédiée aux risques et à la sécurité sur la ligne du RER B.

Mais au-delà du danger mortel, que se passe-t-il lorsque la porte est bloquée sans dommage corporel ? Pour vous expliquer cela, je suis allée voir Clément Tordjman, expert de l’exploitation, passé par différents métiers dont celui de chef de régulation et aujourd’hui délégué à la modernisation du CCU (Centre de Commandement Unique) de la ligne B et D.

Pourquoi bloquer une porte empêche-t-il le RER B de partir ?

Retenir une porte quelques secondes, peut sembler anodin. Malheureusement, c’est loin d’être le cas. Au-delà du danger mortel que cela représente, ce geste peut aussi avoir des conséquences importantes sur la circulation de votre train et de la ligne entière.

Pourquoi ?

  • Lorsqu’une porte est bloquée, les dispositifs ou procédures de sécurité empêchent tout simplement le conducteur de répartir. Il doit reprendre les procédures de sécurité avant de redémarrer son train. Cela peut prendre du temps, et le retard peut se répercuter sur les trains suivants.
  • Si la porte est en plus endommagée, les conséquences peuvent être plus importantes : les voyageurs peuvent être obligés de descendre, le train peut être retiré de la circulation et des suppressions supplémentaires peuvent éventuellement être demandées. Quelques secondes peuvent ainsi peser sur les trajets de nombreux voyageurs.

Et au départ d’un terminus, cet effet domino peut être encore plus marqué car il intervient tout simplement au tout début du trajet.

Dans quelles situations les retards peuvent s’amplifier ?

Suivons un train qui part en retard d’un terminus. Sur son trajet, plusieurs situations peuvent accentuer ce retard et impacter la circulation d’autres trains.

  • Aux jonctions entre les branches : à Bourg-la-Reine ou à Aulnay-sous-Bois, les trains des différentes branches se rejoignent. En cas de retard d’un train, les chefs de régulation sont parfois contraints de faire attendre ou de ralentir d’autres trains, tout simplement pour maintenir les distances de sécurité.
  • Dans le tunnel partagé avec le RER D : entre Gare du Nord et Châtelet–Les Halles, le trafic en heure de pointe passe de 20 à 32 trains par heure, soit un train toutes les 1 minute 52 secondes en moyenne. Chaque train a son créneau de passage (un « sillon »). Avec une ou deux minutes de retard, le train retardé rate son sillon et peut arriver sur celui d’un autre train. Un bouchon peut alors se former et toucher les deux lignes de RER.
  • Dans les gares très fréquentées : quand l’attente entre deux trains s’allonge, les voyageurs sont plus nombreux sur les quais, notamment à Châtelet–Les Halles. La montée et la descente peuvent alors prendre plus de temps et retarder encore le départ. L’effet domino s’amplifie.

Comment nos régulateurs agissent pour éviter ou a minima réduire ces situations de perturbations et d’engorgements ?

Comment les régulateurs gèrent-ils les retards au Centre de Commandement Unique (CCU) ?

Au CCU (Centre de Commandement Unique), des chefs de Régulation se relaient 24h/24 et 7j/7. Pendant les heures de pointe, 4 d’entre eux travaillent simultanément pour surveiller la ligne. Ces professionnels sont les aiguilleurs du rail de la ligne B : un métier à haute responsabilité qui exige un sang-froid à toute épreuve.


« C’est un poste super intéressant. Tu dois prendre beaucoup de décisions qui impactent des milliers de personnes à chaque fois. Ce n’est pas neutre, on est extrêmement vigilant et mobilisé à 100% pour nos voyageurs. »

— Clément T., délégué à la modernisation du CCU

Pour prendre les bonnes décisions, nos régulateurs travaillent avec une panoplie d’outils cartographiques et informatiques très précis et disposent de canaux de communication directs avec les équipes sur le terrain et ceux en contact avec les clients.

Leurs objectifs principaux : surveiller, assurer la sécurité et réguler en temps réel la circulation de la ligne au global et à l’unité. Pour cela ils comparent en temps réel la marche réelle de tous les trains avec celles qu’elles auraient dû prendre, telle que définie dans le plan de transport de la journée. En cas de retard d’un train ou de plusieurs trains, ils déploient des mesures dites de régulation.

Quelles mesures sont prises pour rétablir la circulation des trains ?

Il n’existe malheureusement pas de baguette magique pour rétablir d’un claquement de doigts la circulation : les trains évoluant dans un circuit fermé avec des options de retournement limitées et des obligations de sécurité bien évidemment très strictes.

Les régulateurs utilisent principalement 2 leviers pour rétablir la circulation de la ligne au plus vite et limiter les situations d’engorgements.

  • L’accélération d’un train : Le régulateur modifie la desserte d’un train pour le rendre direct entre plusieurs gares. Cela permet au train de rattraper son horaire théorique avant de s’insérer dans le tronçon central et de limiter les situations d’engorgement dans les grandes gares au risque d’accroître encore plus les retards.
  • La suppression d’une mission : Le régulateur annule un départ de train. Le créneau libéré (appelé « sillon ») permet aux trains suivants de rester à l’heure dans leur sillon prévu.

La règle de protection des usagers : Pour limiter l’impact sur les voyageurs situés dans les gares intermédiaires à moindre trafic, les régulateurs appliquent une règle : jamais 4 trains consécutifs sans arrêt dans une même gare.

En résumé

Les décisions d’accélérer ou de supprimer un train ne sont jamais prises à la légère : elles visent à préserver l’ensemble de la ligne, éviter l’engorgement de nos 2 lignes de RER, fluidifier le trafic et à pénaliser le moins de voyageurs possible.

Alors pensez y ! Au signal sonore sur le quai, attendez le prochain train.

Vous avez des questions, n’hésitez pas à me laisser un commentaire !

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